L’émotion est vive à Enta SOS après la mort tragique de Tenin Camara, épouse Traoré. Selon les témoignages recueillis sur place, cette femme d’une trentaine d’années, enceinte de huit mois et mère de six enfants, a été mortellement atteinte par balle aux premières heures de la matinée.
Selon plusieurs habitants du quartier, les faits se sont produits aux environs de 5 heures du matin. Le corps de la victime a été transféré à la morgue de l’hôpital régional d’Enta, où son mari et plusieurs proches se sont rendus. Dans le quartier, la douleur est immense : les enfants de la défunte, sa famille, ses voisins et de nombreux habitants sont inconsolables.
La situation a provoqué une vive tension. Des jeunes en colère ont barricadé la route pour exprimer leur indignation. Gendarmes et policiers ont été déployés sur les lieux afin de sécuriser la zone et de prévenir tout débordement.
La voisine de la défunte raconte les circonstances
La voisine de la défunte, Mme Kaba Mariam Condé, raconte les circonstances dans lesquelles elle a découvert le corps de Tenin Camara : « Ce matin très tôt, depuis 4 h-5 h, il y a eu beaucoup de bruit. Donc je me suis levée, j’ai demandé ce qui ne va pas. J’ai appelé chez ma tante pour savoir si c’est là-bas, on m’a dit non. Donc je me suis levée, je suis sortie. Il y avait beaucoup de bruit. Les enfants voulaient sortir, je leur ai dit de ne pas sortir. Finalement, j’ai mon petit frère qui était à l’étage qui m’a dit : “Ah, c’est chez tante Tenin.” Après, j’ai entendu : “femme enceinte”, c’est-à-dire femme enceinte. J’ai dit : “Chez tante Tenin ? Ouvrez la porte.” Je me suis levée, je suis sortie. J’ai trouvé ma sœur, c’est une voisine qui est une sœur pour moi. Parce que depuis qu’elle est là, c’est confié à notre mère. Ma mère est décédée et mon frère… elle s’est confiée à notre maman, donc elle est devenue une sœur pour moi. Plus de 20 ans qu’on est ensemble, elle est comme une sœur.
J’ai trouvé ma sœur allongée. Elle est enceinte de huit mois. Elle est allongée par terre, dans le sang. Apparemment, il y a des militaires qui étaient là, je dis bien apparemment, l’un était des forces spéciales, un autre motard, qui se sont retrouvés devant notre portail et faisaient du bruit. Ils ont tiré, tiré trois fois. La troisième balle qui est venue, elle était devant sa porte. Elle préparait, parce que c’est une vendeuse de friperie à Madina.
Elle préparait pour aller à Madina. Elle a dit à sa sœur : “Rentrons, rentrons. Ces gens-là, c’est tout le temps comme ça, rentrons, il faut éviter les balles.” Elle est rentrée.
Sa sœur aussi est rentrée. À peine rentrée dans sa maison, la balle a traversé le portail, ça l’a prise à l’épaule et c’est sorti derrière. De là, elle a perdu connaissance. Elle a craché du sang apparemment, parce que je l’ai trouvée dans le plein sang. Donc je l’ai prise dans la voiture, je l’ai amenée à l’hôpital régional qui est juste à côté ici, à Enta. Mais c’était un dépôt de corps. Depuis qu’on l’a prise, elle avait déjà rendu l’âme. Moi, j’espérais que ma sœur n’était pas décédée. J’espérais qu’à l’arrivée, les médecins allaient me dire que ma sœur n’est pas décédée. Malheureusement, c’était un dépôt de corps. Donc c’est ça, à 5 h.
Oui, elle a laissé six enfants, elle était enceinte du septième. Elle a laissé quatre garçons et deux filles. Elle s’appelle Tenin Camara, madame Traoré. Son mari est à la morgue, je les ai laissés là-bas.
Elle était dans la trentaine. Elle devait avoir environ 35 ans. On ne peut que sensibiliser. Aujourd’hui, cette situation est déplorable parce que c’est ce qui se passe tout le temps ici. Ce n’est pas la première fois. Une fois, mes enfants et mes frères jouaient ici et un militaire est venu les attaquer en sortant son arme. Ce jour-là, c’est mon grand frère qui a dû intervenir. Il y a un coin ici, au carrefour en face de l’usine Sonoco. Si l’autorité peut nous aider à délocaliser complètement cet endroit. Il n’y a que des bars là-bas. Les gens viennent y boire et font n’importe quoi. Ce n’est pas la première fois, ils menacent les gens ici avec des armes. Les forces de l’ordre doivent nous protéger, elles ne doivent pas nous prendre la vie. Ici, ce qui est plus cher, c’est l’âme d’un être humain. Elles ne doivent pas nous la prendre. Aujourd’hui, ils ont pris l’âme de ma sœur et de son enfant. Demain, ce sera qui ? On ne sait pas. »
Devant la concession de la défunte, les pleurs des proches se mêlaient à l’indignation des voisins. Inconsolable, Sékou Touré se souvient d’une femme respectueuse et généreuse : « Ce que je retiens de la femme… la femme-là et son mari ont trop de respect pour moi. Chaque dimanche, chaque carême, la femme-là prépare pour m’envoyer à la maison. Elle ne m’a jamais appelé par mon nom, elle me dit “papa”.
Quand je quittais la prière aujourd’hui vers 5 h 20, j’ai entendu le coup de fusil. J’ai même dit à ma fille : “Fais beaucoup attention, ça ce n’est pas loin de chez nous ici.” Le troisième coup maintenant, c’est ce qui est venu prendre la femme dans sa maison.
Celle-là, chaque matin, elle se lève à la première heure, elle prépare pour ses enfants. Quand elle finit de préparer pour ses enfants, elle va là où elle doit aller. Donc vraiment, je prie tout le monde de se calmer, de se remettre à Dieu. C’est Dieu qui a donné, c’est Dieu qui a repris. »
Le corps de dame Tenin Camara se trouve à l’hôpital régional d’Enta. Au moment où nous quittions les lieux, la route était encore barricadée, les forces de sécurité étaient sur place et aucune information concernant son enterrement n’avait été communiquée.
L’information judiciaire, autrement






