Le vendredi 2 octobre 2026, le Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso a examiné une affaire de traite d’enfants et d’exploitation de mineurs. Tahirou (nom d’emprunt) est poursuivi pour avoir recruté quatre élèves mineurs en vue de les conduire sur un site d’orpaillage au Mali.
Tout serait parti d’une entente entre le prévenu et les quatre élèves à Banfora. Selon les éléments présentés à l’audience, Tahirou aurait organisé leur déplacement vers un site d’orpaillage au Mali, sans que leurs parents en soient informés. Une situation qui a conduit le prévenu à comparaître devant la chambre correctionnelle du TGI de Bobo-Dioulasso.
Un recrutement sans l’accord des parents
À la barre, le prévenu a reconnu les faits qui lui sont reprochés. Interrogé sur les circonstances de son recrutement, il a affirmé n’avoir jamais rencontré les enfants avant leur arrivée sur le site d’orpaillage.
« Je ne les avais jamais vus auparavant. C’est une fois arrivé sur le site que je les ai vus », a-t-il expliqué au tribunal.
À la question de savoir si les parents des enfants étaient informés de leur départ, le prévenu a répondu par la négative. Il a également reconnu ne pas connaître leurs parents.
De leur côté, les parents des victimes ont tous déclaré ne pas connaître le prévenu et n’avoir jamais été informés du départ de leurs enfants pour le Mali. Ils ont expliqué avoir tenté à plusieurs reprises de les joindre par téléphone, sans succès, leurs appareils étant éteints.
Interrogé sur sa connaissance de l’âge des enfants, Tahirou a affirmé que ces derniers lui avaient déclaré être majeurs. Il a précisé avoir uniquement vu leurs photographies sur WhatsApp.
Concernant les modalités de leur recrutement, le prévenu a indiqué que les élèves devaient percevoir une rémunération mensuelle comprise entre 60 000 et 80 000 F CFA, selon leur âge. Il a notamment évoqué un salaire de 70 000 F CFA.
Des téléphones éteints et des parents sans nouvelles
L’un des points marquants de l’audience a été l’absence de communication entre les enfants et leurs parents pendant leur déplacement. Ces derniers ont affirmé que les téléphones de leurs enfants étaient éteints, ce qui rendait tout contact impossible.
Pour se défendre, Tahirou a expliqué que l’un des enfants lui aurait indiqué que l’écran de son téléphone était cassé, tandis qu’un autre aurait affirmé avoir perdu son appareil dans le car. Il a ainsi contesté toute volonté de sa part d’empêcher les parents de joindre leurs enfants.
Le parquet, pour sa part, a estimé que le prévenu avait pleinement conscience de la nature de ses actes. Selon le ministère public, il savait qu’il recrutait des mineurs pour les conduire sur un site d’orpaillage, sans l’autorisation de leurs parents.
Le procureur a également rappelé la responsabilité des parents face au phénomène de l’orpaillage impliquant des enfants, soulignant que certaines familles, confrontées à des difficultés économiques, encouragent leurs enfants à rejoindre les sites miniers dans l’espoir d’améliorer leurs conditions de vie. Il a toutefois précisé que, dans cette affaire, les parents concernés n’étaient pas au courant du départ de leurs enfants.
Le parquet requiert une peine de prison et une amende
Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que les faits de traite d’enfants et d’exploitation de mineurs étaient constitués. Il a notamment relevé que le prévenu avait assuré l’hébergement des enfants à Bobo-Dioulasso avant leur transfert au Mali, ce qui, selon lui, démontrait qu’il avait organisé leur déplacement en connaissance de cause.
Au regard de ces éléments, le parquet a requis une peine de 24 mois d’emprisonnement et une amende de 2 000 000 de F CFA le tout ferme.
De leur côté, les parents des victimes ont sollicité le remboursement des dépenses engagées dans le cadre de cette affaire. Le premier a réclamé 150 000 F CFA pour les frais de carburant, le deuxième 50 000 F CFA et le troisième 25 000 F CFA. Le quatrième, lui, n’a rien réclamé.
Le tribunal prononce une condamnation de 60 mois
Après une suspension de l’audience, le tribunal a rendu sa décision. Tahirou a été condamné à 60 mois d’emprisonnement, dont 2 mois ferme, ainsi qu’à une amende de 1 000 000 de F CFA, dont 500 000 F CFA ferme.
En outre, le tribunal l’a condamné à verser des dommages et intérêts aux parents des victimes, à hauteur de 50 000 F CFA pour chacun des deux premiers parents et de 25 000 F CFA pour le troisième.
La Pépite du Palais
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