Sayoub (nom d’emprunt) 36 ans, livreur de profession, célibataire et père d’un enfant, et Philippe (nom d’emprunt), 21 ans, célibataire sans enfant, tous deux résidant à Ouagadougou, ont comparu devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance Ouaga I pour répondre des faits de détention et de consommation de drogue à haut risque.
À l’audience, les deux prévenus ont reconnu les faits qui leur étaient reprochés.
Une livraison qui tourne court
Les faits remontent au mois d’août 2026. Selon les éléments présentés à l’audience, les deux jeunes hommes ont été interpellés lors d’un contrôle alors qu’ils transportaient de la drogue destinée à être livrée. Le vendeur présumé aurait réussi à prendre la fuite.
À la barre, Philippe revient sur les circonstances de son arrestation.
« J’ai été arrêté avec un ami lors du contrôle. Mon ami a fui en me laissant avec la drogue, et les policiers m’ont attrapé », explique-t-il.
Le président du tribunal cherche ensuite à savoir s’il exerce une activité de vente de drogue.
« Non, je ne vends pas », répond le jeune homme.
Interrogé sur la provenance de la substance, Philippe explique qu’il avait accompagné un ami prénommé Lass pour récupérer la drogue et la remettre à une autre personne.
« Qui détenait la drogue ? », insiste le président.
« C’était moi », reconnaît le prévenu.
« Je suis un livreur », se défend Sayoub
À son tour, Sayoub répond aux questions du tribunal. Interrogé sur la quantité de drogue retrouvée en sa possession, il évoque 100 grammes.
Le président cherche ensuite à savoir s’il consomme cette substance.
« Oui », répond-il sans détour.
En revanche, il nie en faire le commerce.
Lorsque le tribunal lui rappelle qu’il détenait de la drogue au moment de son interpellation, Sayoub se défend en affirmant : « Je suis un livreur. »
Questionné sur la durée de sa consommation, il indique qu’il consomme cette substance depuis un an. Il donne également le nom de la personne qui lui aurait remis la drogue : Moustafé.
Des livraisons rémunérées entre 2 000 et 6 000 F CFA
Lors de son interrogatoire, le parquet s’intéresse aux activités des deux prévenus. Le procureur demande notamment à Philippe s’il exerce lui aussi le métier de livreur.
« Oui », répond l’intéressé.
Le magistrat cherche alors à connaître la rémunération qu’il perçoit pour les livraisons de drogue.
« 2 000 ou 6 000 F CFA, parfois », indique le jeune homme.
Le procureur revient ensuite sur ses déclarations concernant sa consommation. Philippe affirme avoir arrêté depuis six mois.
Le magistrat lui fait alors observer que cette durée ne suffit pas, à elle seule, à garantir un arrêt définitif de la consommation.
Le parquet l’interroge également sur les conséquences de la drogue sur la santé humaine.
« Savez-vous ce que la drogue peut provoquer dans le corps humain ? », demande le procureur.
« Oui », répond Philippe.
Invité à préciser les effets possibles, il déclare : « Ça peut rendre une personne folle. »
Le procureur se tourne ensuite vers Sayoub pour savoir s’il consomme toujours de la drogue.
« Non, j’ai arrêté », affirme ce dernier.
Depuis quand ? lui demande le magistrat.
« Depuis que je suis à la maison d’arrêt », répond-il.
Le procureur lui fait alors remarquer que son abstinence est également liée à son incarcération, qui limite sa possibilité de consommer.
Enfin, interrogé sur les autres marchandises qu’il livre en dehors de la drogue, Sayoub répond qu’il transporte notamment de la nourriture et des habits.
Le parquet requiert trois mois de prison ferme
Dans ses réquisitions, le procureur souligne que les deux prévenus sont de jeunes hommes qui ont encore leur avenir devant eux et qu’ils n’ont pas, selon les éléments évoqués à l’audience, d’antécédents judiciaires.
Toutefois, il insiste sur les dangers de la consommation de drogue et sur les difficultés que peuvent rencontrer les consommateurs pour mettre fin à cette pratique.
« C’est bien vrai que ce sont des jeunes qui ont toujours l’avenir devant eux et qu’ils sont aussi des délinquants primaires. Mais la drogue est une chose : quand vous commencez déjà à en consommer, vous ne pouvez pas facilement arrêter. Donc, il faut les accompagner à arrêter en les gardant un peu encore », soutient le représentant du ministère public.
Au terme de ses réquisitions, il demande au tribunal de condamner chacun des prévenus à 24 mois d’emprisonnement, dont trois mois ferme, ainsi qu’à une amende de 500 000 F CFA ferme.
La défense plaide pour le sursis
Prenant la parole pour assurer la défense de Sayoub, son avocat sollicite une condamnation avec sursis. Il met en avant la reconnaissance des faits par son client ainsi que sa prise de conscience des conséquences de ses actes.
« Ils ont compris les conseils du parquet. Il faut les condamner avec sursis et les mettre à l’épreuve », plaide-t-il.
Invités à prononcer leurs derniers mots, les deux prévenus sollicitent la clémence du tribunal.
« Je demande la clémence », déclare Sayoub.
Philippe, de son côté, demande pardon et affirme avoir retenu la leçon.
Trois mois ferme et 500 000 F CFA d’amende ferme chacun
À l’issue des débats, le tribunal déclare Sayoub et Philippe coupables des faits qui leur sont reprochés.
Statuant publiquement et contradictoirement en matière correctionnelle, il condamne chacun des deux prévenus à 24 mois d’emprisonnement, dont trois mois ferme, ainsi qu’à une amende d’un million de francs CFA, dont 500 000 F CFA ferme.
Le tribunal fixe également la durée de la contrainte judiciaire à trois mois.
L’Œil du Palais pour Justice Infos Burkina






