La chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso a jugé le vendredi 18 septembre 2026, le dossier de Gabriel (nom d’emprunt), un jeune orpailleur résidant au secteur 12 de Bobo-Dioulasso. Vivant en union libre et père de deux enfants, il est poursuivi pour des faits survenus le 20 juin 2026 à Karangasso-Vigué, sur un site d’orpaillage.
Il lui est reproché d’avoir porté, ou d’avoir participé à des violences ayant entraîné la mort d’un autre orpailleur, plus jeune que lui, qu’il soupçonnait d’avoir volé son riz, son huile et son or.
« Son propre petit frère m’a dit qu’il l’a vu pénétrer dans ma maison »
À la barre, le prévenu nie être l’auteur des coups mortels.
— Reconnaissez-vous les faits ?, lui demande le tribunal.
— « Non, ce n’est pas moi », répond Gabriel.
Invité à raconter les circonstances des faits, il explique que le défunt était, selon lui, entré dans sa maison pour prendre son huile, son riz et son or. Lorsqu’il lui aurait demandé des explications, le jeune homme aurait nié être l’auteur du vol.
Gabriel affirme toutefois avoir été convaincu de sa culpabilité après les déclarations du petit frère du défunt.
«Son propre petit frère m’a dit qu’il l’a vu pénétrer dans ma maison, donc j’étais confiant que c’est lui mon voleur », soutient-il à l’audience.
Une fouille dans la maison du défunt
Selon le prévenu, il s’est ensuite rendu chez le jeune homme accompagné d’un individu qu’il présente comme un « étranger », afin de vérifier les faits.
Il affirme avoir forcé l’entrée de la maison du défunt et procédé à une fouille. Dans le dortoir, il dit avoir retrouvé du riz et de l’huile qu’il identifiait comme étant les siens. En revanche, il n’aurait pas retrouvé son or.
Le prévenu explique qu’à sa sortie, une bagarre aurait éclaté entre l’homme qui l’accompagnait et le défunt.
« Chacun tenait un bois », relate-t-il, expliquant qu’il n’aurait pas pu intervenir pour les séparer, par crainte d’être lui-même frappé.
Selon sa version, c’est alors que son accompagnateur aurait porté un coup à la tête du défunt avec un morceau de bois. Celui-ci serait tombé.
« Qui est cet homme pour vous ? »
Le tribunal cherche à en savoir davantage sur cet accompagnateur.— Qui est cet homme pour vous ?, demande le tribunal.
Gabriel répond qu’il s’agissait d’un « étranger » venu lui rendre visite. Il précise que cet homme avait lui-même déclaré avoir perdu son téléphone dans la maison lors du vol dont il se disait victime.
Le prévenu affirme par ailleurs avoir remis aux autorités la pièce d’identité de cet individu après les faits.
Le parquet met en doute les certitudes du prévenu
Prenant la parole, le ministère public revient sur les éléments avancés par Gabriel pour justifier ses soupçons.
Le procureur lui demande notamment si le simple fait que son propre petit frère affirme avoir vu quelqu’un pénétrer dans une maison suffit à établir que cette personne est effectivement un voleur.
Le prévenu répond par l’affirmative, estimant que si son frère a vu les faits, cela devait nécessairement être vrai.
Le parquet l’interroge ensuite sur les éléments lui permettant d’affirmer que le riz et l’huile retrouvés chez le défunt lui appartenaient.
Gabriel indique qu’il reconnaissait ses produits.
Le procureur poursuit son questionnement en relevant que le riz et l’huile sont des produits courants, qui peuvent être achetés dans différentes boutiques ou provenir de différentes sources.
Le prévenu finit par reconnaître qu’il ne pouvait pas établir que ces produits lui étaient exclusivement destinés.
« Vous voyez que vos idées ne tiennent pas », lui fait alors remarquer le ministère public.
Le parquet requiert cinq ans de prison ferme
Dans ses réquisitions, le ministère public demande au tribunal de déclarer Gabriel coupable.
Selon le parquet, les déclarations du prévenu font ressortir plusieurs éléments permettant de retenir sa responsabilité. Il estime également que le recours à la violence ne pouvait en aucun cas constituer un moyen de régler un différend ou un soupçon de vol.
Le ministère public requiert ainsi une peine de sept ans d’emprisonnement, dont cinq ans ferme, ainsi qu’une amende d’un million de FCFA, dont 500 000 FCFA ferme.
La défense plaide la relaxe
À la suite des réquisitions, l’avocat de la défense a d’abord formulé ses vœux de repos en paix pour le défunt, avant d’inviter le parquet à rester dans les limites des éléments effectivement contenus dans le dossier.
L’avocat demande notamment à son client s’il connaissait le caractère bagarreur de l’homme qui l’accompagnait.
— Non, répond Gabriel.
Pour la défense, son client ne serait pas l’auteur des coups ayant causé la mort du jeune homme. L’avocat rappelle notamment que Gabriel aurait remis aux autorités la pièce d’identité de celui qu’il présente comme l’auteur du coup mortel.
« L’erreur de mon client a été de vouloir se jouer au justicier »
La défense reconnaît toutefois une erreur dans le comportement de son client.
«L’erreur de mon client a été de vouloir se jouer au justicier. Mais non. »
L’avocat estime que le parquet n’a pas suffisamment individualisé les éléments permettant de retenir la responsabilité pénale de son client. Selon lui, le ministère public s’est contenté d’affirmer qu’il existait « assez d’éléments », sans, estime-t-il, identifier clairement les éléments matériels permettant d’établir la culpabilité.
La défense soutient également que la responsabilité pénale étant individuelle, son client ne saurait être condamné pour les actes d’une autre personne.
L’avocat sollicite ainsi la relaxe de Gabriel pour preuve non constituée, estimant qu’aucun élément tangible et suffisamment constant ne permettrait d’établir sa culpabilité.
À titre subsidiaire, il demande au tribunal de tenir compte de la situation de son client, présenté comme un délinquant primaire.
« J’implore la clémence du tribunal »
Avant que le tribunal ne mette l’affaire en délibéré, Gabriel a eu la parole pour son dernier mot.
« J’implore la clémence du tribunal. L’erreur est humaine. Je ne l’ai pas voulue, mais je demande pardon vu que c’est arrivé ».
Le tribunal a pris acte de ses dernières déclarations et a mis l’affaire en délibéré.
Le verdict est attendu le lundi 12 octobre 2026 à 8 heures.
La Plume du Prétoire pour Justice Infos Burkina






