La chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso a examiné, le jeudi 9 juillet 2026, une affaire de présumé vol mettant en cause Raïssa (nom d’emprunt), auxiliaire de pharmacie âgée de 49 ans, mère de trois enfants. Poursuivie à la suite d’une plainte déposée par son ancienne employeuse, Lydie (nom d’emprunt), la prévenue rejette catégoriquement les accusations portées contre elle.
Une plainte déposée après le licenciement
Les poursuites portent sur un présumé vol de 1 571 000 F CFA, qui aurait été commis au cours de l’année 2024 dans une pharmacie de Bobo-Dioulasso où Raïssa exerçait comme auxiliaire de pharmacie.
À la barre, la prévenue a nié les faits.
« Je ne reconnais pas avoir soustrait la somme de 1 571 000 F CFA », a-t-elle déclaré.
De son côté, la plaignante affirme que ses soupçons reposent sur plusieurs irrégularités constatées dans la gestion des paiements. Selon elle, Raïssa aurait, à au moins deux reprises, encaissé des paiements de clients sur son propre compte Orange Money au lieu de celui de la pharmacie.
La prévenue reconnaît un encaissement exceptionnel
Interrogée sur ces opérations, Raïssa a reconnu avoir utilisé son compte personnel dans un cas précis, tout en contestant toute intention frauduleuse.
Elle a expliqué qu’un client grièvement blessé devait être pris en charge en urgence, alors que le compte Orange Money de la pharmacie rencontrait des difficultés pour recevoir des dépôts.
« C’est moi-même qui suis allée informer ma patronne que j’avais reçu l’argent sur mon compte. Je lui ai expliqué que je l’avais fait parce que le malade était gravement blessé », a-t-elle soutenu.
La plaignante a confirmé avoir été informée de ce premier incident. Toutefois, elle affirme avoir constaté par la suite des faits similaires, ce qui a renforcé ses soupçons. À l’appui de sa plainte, elle a produit devant le tribunal un inventaire des manquements relevés au sein de la pharmacie.
Les preuves au cœur des débats
Au cours des débats, le ministère public s’est interrogé sur les moyens de contrôle mis en place au sein de l’officine.
Le procureur a notamment demandé à la plaignante si la pharmacie disposait d’un logiciel permettant d’identifier précisément les dates et heures des irrégularités constatées.
« Non », a répondu cette dernière.
Pour l’avocat de la partie civile, le fait que Raïssa ait été surprise à deux reprises démontre une volonté de détourner les fonds. Selon lui, les faits de vol sont caractérisés, même si tous les cas n’ont pas été directement constatés.
«Comme on le dit, chaque jour pour le voleur, un jour pour le propriétaire », a-t-il plaidé.
La défense invoque l’absence de preuves
L’avocat de la défense a, pour sa part, dressé le portrait d’une employée expérimentée ayant travaillé dans plusieurs structures sanitaires avant de rejoindre la pharmacie de la plaignante.
Selon lui, après six années de service, Raïssa avait même reçu un tableau d’honneur récompensant sa loyauté.
Il a également expliqué qu’au sein de la pharmacie, les écarts de caisse étaient habituellement remboursés par les employés lorsque leur montant dépassait 5 000 F CFA, les sommes étant ensuite déduites de leurs salaires. Une pratique que la plaignante a reconnue, tout en affirmant ignorer son caractère illégal.
Concernant le manquement de 1 571 000 F CFA, daté du 5 novembre 2024, la défense estime qu’aucun élément matériel ne permet d’établir la responsabilité de sa cliente.
«Le tribunal n’est pas une caverne d’Ali Baba où chacun vient porter plainte sans apporter les preuves nécessaires. Je demande la relaxe pure et simple de ma cliente, les faits qui lui sont reprochés n’étant pas caractérisés », a plaidé son conseil.
Le parquet requiert la relaxe
Dans ses réquisitions, le ministère public a estimé que les inventaires produits par la plaignante ne permettent pas d’établir avec certitude la culpabilité de la prévenue.
Le procureur a ainsi considéré que les éléments du dossier étaient insuffisants pour caractériser l’infraction de vol et a demandé au tribunal de prononcer la relaxe de Raïssa au bénéfice du doute.
En dernier mot, la prévenue a tenu à adresser un message à son ancienne employeuse.
«Je remercie ma patronne. J’ai beaucoup appris auprès d’elle, aussi bien pendant mon stage que durant les années où j’ai travaillé à ses côtés », a-t-elle déclaré.
À l’issue des débats, le tribunal a mis l’affaire en délibéré. Le jugement est attendu le 16 juillet 2026.
Amadou OUÉDRAOGO pour Justice Infos Burkina






