Un homme Dramane (nom d’emprunt) poursuivi pour traite de mineurs et exploitation de personnes a comparu le vendredi 9 octobre 2026 devant le Tribunal correctionnel de Bobo-Dioulasso. En effet, il lui est reproché d’avoir conduit quatre jeunes Burkinabè, âgés de 15 à 17 ans au moment des faits, sur un site aurifère en République de Guinée, où ils auraient travaillé pendant 13 mois sans percevoir de salaire.
Un recrutement à la demande d’un patron
Les faits remontent à la période 2019-2020. Selon les éléments présentés à l’audience, Dramane aurait recruté quatre jeunes Burkinabè pour les conduire en République de Guinée, où ils devaient travailler sur un site d’exploitation aurifère pour le compte de son patron.
À la barre, le prévenu a reconnu avoir conduit les quatre jeunes en Guinée, expliquant avoir agi à la demande de son employeur.
« J’ai appelé Oussou (nom d’emprunt). Comme il était conducteur de tricycle, je savais que là-bas, les conducteurs de tricycle étaient sollicités. Je les ai hébergés avant de les transférer chez mon patron », a-t-il déclaré.
Interrogé par le procureur sur la nature des tâches qu’ils effectuaient sur le site, Dramane a expliqué qu’ils étaient chargés de moudre le sable afin d’en extraire l’or.
« C’est mon patron qui m’a demandé de recruter des gens pour ça », a-t-il précisé.
Le représentant du ministère public a ensuite voulu savoir où se trouvait cet employeur. Le prévenu a répondu qu’il ne savait plus où il se trouvait et que son numéro de téléphone ne passait plus.
Treize mois de travail sans rémunération
Invité à préciser la durée du travail des quatre jeunes, le prévenu n’a pas apporté de réponse détaillée. Le procureur a alors laissé les victimes s’exprimer.
Leurs déclarations ont été concordantes : elles affirment avoir travaillé pendant 13 mois sur le site aurifère, avec la promesse d’une rémunération mensuelle de 50 000 FCFA.
« Nous avons travaillé pendant 13 mois et il nous a fait savoir que nous serions payés à 50 000 FCFA par mois », ont-elles déclaré.
Appelé à la barre, Oussou, l’une des victimes, a expliqué comment les autres jeunes avaient été associés au recrutement.
« J’ai appelé mon petit frère, qui, à son tour, a appelé deux autres personnes », a-t-il indiqué, précisant que tous étaient à la recherche d’un emploi.
Des accusations contestées par l’absence de preuves directes
Au cours des débats, le procureur a interrogé les victimes sur les éléments permettant d’établir que Dramane avait effectivement reçu de l’argent de son patron avant de refuser de leur verser leurs salaires.
L’une d’elles a reconnu ne pas disposer de preuves concrètes en ce sens. Elle a toutefois expliqué que le comportement du prévenu après leur retour au Burkina Faso avait renforcé leurs soupçons.
« Nous n’avons pas de preuves concrètes, mais le jour où il a su que nous étions revenus de Guinée, il a disparu. Quand on l’appelle, il ne décroche pas. Là où nous devions nous voir, il ne passe plus et, quand il nous voit, il se cache. Voilà pourquoi nous l’avons amené ici », a-t-elle expliqué.
Ces déclarations ont mis en lumière la difficulté, pour les victimes, d’établir directement le rôle joué par le prévenu dans le non-paiement de leurs rémunérations.
Le parquet requiert cinq ans de prison, dont deux ans ferme
Dans ses réquisitions, le ministère public s’est appuyé sur les articles 511-1, 511-2 et 511-4 du Code pénal, relatifs, selon les qualifications évoquées à l’audience, à la traite de mineurs et à l’exploitation de personnes.
Pour le parquet, les éléments de l’infraction sont réunis. Il a notamment insisté sur la durée du travail effectué sans rémunération et sur l’âge des victimes au moment des faits. En 2019, celles-ci étaient âgées de 15 à 17 ans, selon les informations présentées à l’audience.
Au regard de ces éléments, le procureur a requis contre Dramane une peine de cinq ans d’emprisonnement, dont deux ans ferme, ainsi qu’une amende de 500 000 FCFA ferme.
Chaque victime réclame 650 000 FCFA
De leur côté, les victimes se sont constituées parties civiles et ont réclamé chacune 650 000 FCFA au titre de leurs préjudices, en lien avec les 13 mois de travail qu’elles affirment avoir effectués sans être payées.
À l’issue des débats, le tribunal a mis l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu le 23 octobre 2026.
La Pépite du Palais
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