Les audiences foraines constituent un levier important pour rapprocher la justice des citoyens et accélérer le traitement des dossiers dans les juridictions. Au cours de l’année judiciaire 2025-2026, la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso a poursuivi cette dynamique en organisant plusieurs sessions dans son ressort. Dans cet entretien accordé à Justice Infos Burkina, le Procureur Général près la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso, Dr Adama KAFANDO, revient sur le bilan de ces audiences, les résultats enregistrés, les difficultés rencontrées ainsi que les perspectives envisagées pour renforcer l’accès à la justice au profit des populations. Entretien…
Justice Infos Burkina : Depuis le début de l’année judiciaire 2025-2026, combien d’audiences foraines la Cour d’appel de Bobo-Dioulasso a-t-elle organisées ?
Procureur Général, Dr Adama KAFANDO : Depuis le début de l’année, nous avons organisé trois audiences foraines. Deux se sont tenues à Gaoua et une à Banfora. La première audience de Gaoua s’est déroulée du 15 au 19 décembre 2025. Pour cette première phase, nous avons programmé 27 dossiers ayant impliqué 76 accusés et prévenus. La deuxième s’est tenue du 29 juin au 2 juillet 2026. Enfin, nous avons organisé une audience foraine à Banfora du 13 au 17 juillet 2026.

Justice Infos Burkina : Quels étaient les principaux objectifs poursuivis cette année ?
Dr Adama KAFANDO : Les audiences foraines visent d’abord à réduire le nombre de dossiers criminels et correctionnels en attente afin d’éviter les détentions prolongées. Elles permettent également de rapprocher la justice des justiciables. Lorsque les affaires sont jugées dans la localité où les faits ont été commis, les populations assistent plus facilement aux audiences. Elles ont aussi une vocation pédagogique en montrant que les infractions sont poursuivies et sanctionnées.
Justice Infos Burkina : Quel bilan global tirez-vous de cette campagne d’audiences foraines ?
Dr Adama KAFANDO : Le bilan est satisfaisant. À Banfora, la chambre correctionnelle a jugé tous les dossiers programmés et un seul dossier criminel a été renvoyé, soit un taux de traitement d’environ 94,94 %. À Gaoua, les résultats sont également proches de 94 à 95 %. Au-delà des chiffres, les salles d’audience étaient remplies et les populations ont manifesté un réel intérêt pour ces procès. L’affaire de Banlo, notamment, a suscité une forte mobilisation.

Justice Infos Burkina : Combien de dossiers ont été enrôlés et combien ont été effectivement jugés ?
Dr Adama KAFANDO : Lors de la deuxième audience de Gaoua, 19 dossiers ont été programmés. Dix-sept ont été jugés et vidés, dont huit dossiers criminels sur neuf et neuf dossiers correctionnels sur dix. À Banfora, 18 dossiers ont été programmés. Les dix dossiers correctionnels ont tous été jugés et sept des huit dossiers criminels ont été examinés, un seul ayant été renvoyé.
Justice Infos Burkina : Quels types d’affaires ont été les plus fréquents ?
Dr Adama KAFANDO : Les audiences ont principalement porté sur des crimes de sang, notamment les assassinats et les meurtres, ainsi que des affaires de viol. Les chambres correctionnelles ont examiné des dossiers de stupéfiants, de coups et blessures volontaires, de vols, d’abus de confiance ainsi que des infractions économiques impliquant notamment des fonctionnaires, comme l’enrichissement illicite ou les commerces incompatibles.

Justice Infos Burkina : Quel est le taux de dossiers renvoyés et quelles en sont les principales raisons ?
Dr Adama KAFANDO : Le taux de renvoi est faible, autour de 2 %. Les principales causes sont l’exercice du droit à la défense, lorsqu’un prévenu souhaite être assisté par un avocat, ou encore certaines difficultés liées à la comparution de parties ou de témoins malgré les convocations.
Justice Infos Burkina : Ces audiences ont-elles contribué à réduire le stock des dossiers en attente au niveau de la Cour d’appel ?
Dr Adama KAFANDO : Oui. Nous avons constaté que seules les localités de Gaoua et de Banfora justifiaient encore l’organisation d’audiences foraines, les audiences précédentes ayant déjà permis de réduire sensiblement le stock de dossiers dans les autres ressorts.
Justice Infos Burkina : Quel impact concret les audiences foraines ont-elles eu sur l’accès à la justice pour les populations des localités concernées ?
Dr Adama KAFANDO : Nous ne disposons pas encore d’étude permettant de mesurer précisément cet impact. En revanche, nous constatons un fort engouement des populations qui se déplacent massivement pour assister aux audiences. Les personnes détenues expriment également leur satisfaction, car ces audiences permettent d’accélérer le traitement de leurs dossiers. Elles ont aussi un effet dissuasif en rappelant que les infractions sont sanctionnées.
Justice Infos Burkina : Ces audiences permettent-elles également de réduire les coûts et les délais supportés par les citoyens ?

Dr Adama KAFANDO : Oui. Elles évitent aux justiciables, aux témoins et aux parties civiles de longs déplacements jusqu’à Bobo-Dioulasso. Elles réduisent les frais de transport, d’hébergement et permettent un traitement plus rapide des dossiers.
Justice Infos Burkina : Quels sont les principaux défis rencontrés dans l’organisation des audiences foraines ?
Dr Adama KAFANDO : Le principal défi reste le financement. L’organisation d’une audience foraine coûte au moins 4 millions de francs CFA. Il existe également des difficultés liées à la mobilisation des avocats, notamment depuis la disparition de certains mécanismes de prise en charge.
Justice Infos Burkina : Les moyens humains, matériels et financiers sont-ils suffisants ?

Dr Adama KAFANDO : Non. Les moyens financiers demeurent limités. C’est pourquoi nous organisons aussi des audiences extraordinaires au siège afin de réduire le stock des dossiers. Malgré ces contraintes, les acteurs judiciaires restent mobilisés pour améliorer les délais de traitement.
Justice Infos Burkina : Quelles innovations ou améliorations envisagez-vous pour les prochaines audiences foraines ?
Dr Adama KAFANDO : Nous souhaitons rapprocher davantage la justice des populations en organisant, lorsque les moyens le permettront, des audiences dans les localités comme Dédougou, Tougan, Orodara, Nouna…,mêmes où les infractions ont été commises. Nous envisageons également, dans certaines conditions de sécurité, la tenue d’audiences en plein air afin de toucher un public plus large.
Justice Infos Burkina : Quels sont les principaux chantiers de la Cour d’appel pour améliorer davantage l’accès à la justice ?

Dr Adama KAFANDO : Nous poursuivons la mise en œuvre de la politique pénale du Gouvernement. Cela passe notamment par les journées portes ouvertes, les rencontres avec les groupes sociaux et communautaires, ainsi que par des initiatives destinées à renforcer la confiance des citoyens envers l’institution judiciaire. Nous souhaitons également poursuivre les audiences foraines dans la limite des moyens disponibles.
Justice Infos Burkina : Quel message souhaitez-vous adresser aux populations concernant les audiences foraines et, plus largement, le fonctionnement de la justice ?
Dr Adama KAFANDO : J’invite les populations à assister aux audiences foraines, qui constituent un véritable outil de sensibilisation et d’éducation juridique. Je les encourage également à faire confiance à la justice, à éviter de se faire justice elles-mêmes, à respecter l’autorité de l’État et à accompagner les agents publics dans l’accomplissement de leurs missions. C’est ensemble que nous pourrons construire un État de droit fondé sur la paix, la confiance et le respect des institutions.
Entretien réalisé par Amadou OUÉDRAOGO






