Poursuivis pour des menaces présumées à l’encontre d’une femme qui aurait refusé de reprendre la vie commune avec l’un d’eux, deux hommes âgés respectivement de 58 et 59 ans ont comparu devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance Ouaga I, ce mardi 20 octobre 2026. À la barre, les versions se sont opposées entre dénégations des prévenus, accusations de la victime et témoignages de proches. Au terme des débats, le ministère public a requis leur relaxe au bénéfice du doute. Une position suivie par le tribunal.
L’affaire met en cause Salif et Issouf, tous deux célibataires, pères respectivement de huit et cinq enfants et vigiles de profession, domiciliés à Ouagadougou. Issouf est l’ancien concubin de la victime. Avec son frère Salif, il était poursuivi pour des menaces présumées, notamment pour avoir annoncé à la victime qu’elle subirait le pire si elle refusait de reprendre la vie commune avec Issouf.
Seize ans de vie commune, puis la rupture
Selon les déclarations faites à l’audience, Issouf et la victime ont vécu ensemble pendant environ seize ans. Mais depuis près d’un an, leur relation aurait pris fin sur fond de mésententes. La situation se serait ensuite compliquée lorsque la femme aurait refusé de retourner auprès de son ancien concubin.
À la barre, Issouf commence par affirmer que la victime est sa femme.
« C’est ma femme », déclare-t-il au tribunal.
Le président cherche alors à comprendre la nature de leur relation.
« Vous êtes mariés ? », lui demande-t-il.
« C’est son mari qui est décédé et je l’ai prise », répond le prévenu, laissant entendre que leur relation a commencé après le décès du premier époux de la victime.
Interrogé sur leur vie commune, Issouf précise qu’ils ont vécu ensemble pendant seize ans, avant de se séparer il y a environ un an.
Qu’est-ce qui a provoqué la rupture ? Le prévenu évoque des mésententes et raconte un épisode qui aurait marqué le début de la crise.
« Un matin, je lui ai remis de l’argent et elle l’a jeté par terre. Je lui ai demandé ce qui n’allait pas, mais elle m’a répondu qu’il n’y avait rien. Je suis allé informer notre aîné. Une semaine après, je lui ai encore demandé ce qui n’allait pas. Elle m’a répondu la même chose. C’est quelque temps après qu’elle est revenue me dire que notre relation s’arrêtait là », explique-t-il.
Aujourd’hui, chacun vit de son côté. Issouf affirme qu’il ne se rend plus au domicile de son ancienne concubine.
Le tribunal veut ensuite savoir s’il l’a déjà frappée ou menacée.
« Non, je ne l’ai jamais frappée », répond-il, avant de nier également lui avoir proféré des menaces ou annoncé qu’il la ferait quitter la maison de son défunt mari.
Salif reconnaît une discussion, mais conteste les menaces
Le président se tourne ensuite vers Salif, le frère d’Issouf, pour comprendre le rôle qu’il aurait joué dans cette affaire.
Le prévenu explique que, dans le but de trouver une issue à la crise familiale, leur aîné lui aurait demandé de rencontrer la victime et de discuter avec elle.
« C’est ce qu’Issouf a expliqué. Après tout cela, notre aîné de famille m’a envoyé échanger avec elle pour voir comment arranger les choses. Mais lorsque je suis arrivé, elle est restée sur sa position », relate-t-il.
La victime lui aurait alors confirmé qu’elle ne souhaitait plus poursuivre la relation.
Interrogé sur ses propres propos lors de cette rencontre, Salif reconnaît avoir évoqué les conséquences possibles de la rupture sur les relations familiales, notamment lorsqu’il s’agirait de prendre des décisions concernant les enfants.
« Je lui ai dit que si le mariage s’arrêtait de cette manière et qu’un jour nous voulions célébrer le mariage de l’un de ses enfants, nous voudrions venir prendre son avis. Mais nous ne pourrions pas le faire si son mari lui-même n’avait plus accès chez elle », explique-t-il.
Le tribunal insiste et veut savoir quels propos auraient pu être interprétés comme des menaces.
Salif affirme avoir été surpris par sa convocation au commissariat. Selon lui, sa démarche visait uniquement à tenter une réconciliation.
Au cours des débats, il reconnaît toutefois avoir également dit à la victime que sa manière de mettre fin à la relation n’était pas la bonne et qu’elle pourrait regretter sa décision.
La victime évoque des menaces et une vie marquée par les difficultés
Vient alors le tour de la victime de livrer sa version des faits. Son récit remonte à la maladie de son défunt mari, en 2008, bien avant la rupture avec Issouf.
Elle explique que son premier époux lui aurait recommandé, avant sa mort, de prendre Issouf pour époux s’il venait à décéder, tout en lui conseillant de rester auprès de ses enfants et de ne pas rejoindre Issouf dans sa cour, de peur qu’elle ne subisse de mauvais traitements.
Après le décès de son mari, poursuit-elle, de l’argent laissé par celui-ci aurait servi à construire une maison couverte de vingt tôles pour elle. Elle serait restée sur place avec ses enfants et aurait commencé à faire la lessive pour subvenir à leurs besoins.
« Il est venu me dire que c’est la lessive qui allait me tuer ici. Je n’ai rien dit », raconte-t-elle.
Avec les économies tirées de cette activité, elle aurait ensuite lancé un petit commerce. Mais les pluies auraient endommagé sa maison. Elle affirme avoir utilisé l’argent de son commerce pour reconstruire le logement et faire aménager une petite maisonnette pour son fils.
Au-delà de ces difficultés, la victime soutient que les tensions se sont aggravées après sa décision de ne plus vivre avec Issouf.
Le tribunal veut savoir si l’un des deux prévenus l’a directement menacée.
« Oui, il m’a dit que si je suis une femme, je ne devais pas revenir dans le foyer et que je verrais pire que ce que j’ai vécu dans le passé. Il m’a aussi dit que lorsque je voudrais régler les affaires concernant mes enfants, on verrait qui allait le faire », affirme-t-elle.
Elle ajoute qu’Issouf aurait tenu des propos similaires au sein de sa famille, estimant qu’elle ne pouvait pas mettre fin à leur relation de cette manière et qu’elle devait revenir auprès de lui.
Selon ses déclarations, il aurait également soutenu qu’une femme ne devait pas décider seule de la fin d’une relation.
Confronté à ces accusations, Issouf rejette catégoriquement les propos qui lui sont attribués.
« Non, je n’ai pas dit ça », répond-il.
Le président cherche alors à savoir ce qu’il souhaite désormais pour son ancienne concubine.
« Ce que nous voulons, c’est que chacun reste chez lui », affirme le prévenu.
Des témoignages qui éclairent les débats
Le procureur du Faso interroge ensuite la victime sur la présence des prévenus au moment du décès de son premier mari. Elle répond qu’ils n’étaient pas présents.
Le magistrat revient également sur la rencontre entre Salif et la victime. Celle-ci maintient que le frère de son ancien concubin lui aurait annoncé qu’elle verrait pire que ce qu’elle avait déjà vécu.
Appelé à s’expliquer, Salif reconnaît avoir critiqué la manière dont elle avait mis fin à la relation, tout en contestant avoir voulu la menacer.
Les témoins sont ensuite invités à la barre.
Le premier est le frère des deux prévenus, qui aurait accompagné Salif lors de sa visite au domicile de la victime. Interrogé sur les propos tenus ce jour-là, il rapporte que Salif aurait dit à la femme qu’elle avait deux enfants et que, si ceux-ci avaient un jour des affaires à régler, il verrait comment elle pourrait s’en sortir.
Le fils de la victime est ensuite appelé à témoigner. Il affirme que Salif aurait dit à sa mère qu’elle verrait pire que ce qu’elle avait vécu par le passé. Il ajoute que, lorsque sa mère a voulu porter l’affaire devant la justice, il lui aurait demandé de laisser tomber.
La défense prend à son tour la parole pour poser ses questions à la victime. Celle-ci précise que sa relation avec Issouf remonte à 2008.
A-t-elle déjà été directement menacée par celui-ci au cours de leurs années de vie commune ?
« Non », répond-elle.
Elle précise toutefois que les propos évoquant la nécessité de la forcer à reprendre la vie commune lui auraient été rapportés par sa belle-sœur, qui les aurait entendus au sein de la famille.
Cette précision vient alimenter les débats sur la nature des menaces alléguées et sur les éléments permettant de les établir.
« Je veux seulement qu’ils nous laissent tranquilles »
Avant la clôture des débats, le tribunal demande à la victime ce qu’elle réclamerait si les prévenus étaient reconnus coupables.
Sa réponse est sans équivoque : elle ne réclame ni argent ni réparation matérielle.
« Je ne veux rien. Je veux seulement qu’ils jurent de me laisser tranquille, moi et mes enfants », déclare-t-elle.
Le procureur du Faso prend alors ses réquisitions.
Pour le ministère public, les faits s’inscrivent dans un conflit familial et aucun élément suffisamment probant ne permet d’établir les menaces reprochées aux deux hommes. Il requiert donc leur relaxe au bénéfice du doute.
La défense s’inscrit dans la même logique. Pour les avocats des prévenus, les déclarations recueillies à l’audience ne permettent pas de prouver les menaces alléguées.
« Comme l’a dit le parquet, aucun élément ne prouve qu’ils ont menacé la victime. Nous vous demandons donc de suivre ses réquisitions », plaide la défense.
Invités à prononcer leurs derniers mots, les deux prévenus affichent leur volonté de tourner la page.
« Moi, je n’ai rien à dire. Je vous demande juste pardon », déclare Salif.
Issouf, l’ancien concubin de la victime, affirme pour sa part :
« Moi, je vous remercie. En tout cas, à partir de maintenant, chacun chez lui. Nous la laissons tranquille avec ses enfants. »
Les deux prévenus relaxés au bénéfice du doute
Après avoir entendu les réquisitions du ministère public, les arguments de la défense et les différentes déclarations recueillies à l’audience, le tribunal prononce la relaxe des deux prévenus au bénéfice du doute pour les faits de menaces qui leur étaient reprochés.
Ainsi s’achève cette affaire familiale, marquée par une rupture difficile, des accusations contestées et la volonté exprimée par la victime de vivre désormais en paix avec ses enfants.
I.T. pour Justice Infos Burkina






