Alidou (nom d’emprunt) comparaissait devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance Ouaga I, ce jeudi 17 septembre 2026, pour répondre de faits de viol aggravé commis, selon l’accusation, sur une mineure de 12 ans. Les faits remontent au 15 juillet 2026, à Koubri.
Selon les éléments exposés à l’audience, Alidou aurait eu des rapports sexuels avec Abiba (nom d’emprunt), alors âgée de 12 ans, alors que celle-ci revenait du marché. Il lui aurait ensuite intimé de ne parler à personne de ce qui s’était passé, sous peine de la tuer.
À la barre, le prévenu reconnaît les rapports sexuels
À la barre, Alidou reconnaît avoir eu des rapports sexuels avec la jeune fille, mais présente une version différente du déroulement des faits.
« Lorsqu’elle revenait du marché, son père m’a demandé de la déposer à la maison parce que lui devait continuer pour saluer quelqu’un dans un autre quartier. C’est en allant la déposer qu’elle m’a dit qu’elle avait perdu son argent. Je lui ai demandé de me suivre afin que je puisse aller chercher l’argent pour lui donner. C’est après lui avoir donné l’argent que l’acte s’est passé », explique-t-il.
Il ajoute : « Lorsque je lui ai donné l’argent, elle m’a dit que je pouvais tout faire sur elle. »
Le tribunal cherche alors à préciser la chronologie des faits.
— C’est à quel moment que vous lui avez donné l’argent, avant ou après l’acte ?
— « C’était avant l’acte », répond-il.
— Vous lui avez demandé son âge ?
— « Non. »
Le tribunal l’interroge ensuite sur les menaces que la victime affirme avoir reçues.
— Vous l’avez menacée ?
— « Non, je ne l’ai pas menacée. »
Où les faits se sont-ils déroulés ?
Le tribunal cherche ensuite à déterminer le lieu exact où les rapports sexuels ont eu lieu.
— Où avez-vous eu les rapports sexuels exactement ?
— « C’était dans une maison », répond Alidou.
— Dans la maison de qui ?
— « Dans la maison de mon ami. »
— À quel moment cela s’est-il passé ?
— « C’était la nuit. »
Le tribunal cherche alors à comprendre comment le prévenu affirme avoir amené la jeune fille à accepter les rapports sexuels.
— Qu’est-ce que vous lui avez dit avant de passer à l’acte ?
— « Avant de commencer, j’ai causé avec elle et elle n’a pas manifesté de signe de résistance », répond-il.
— Vous lui avez dit quoi concrètement ?
— « Je lui ai parlé des rapports sexuels avant de coucher avec elle », explique-t-il.
Le tribunal poursuit :
— Vous vous êtes protégé ou vous avez eu les rapports sexuels sans protection ?
— « Je me suis protégé », affirme-t-il.
— Pendant l’acte, elle a crié ou pas ?
— « Elle n’a pas crié. »
Après les faits, le prévenu affirme avoir ramené la jeune fille chez elle.
« Je l’ai déposée devant leur cour, j’ai salué son père et je suis parti », dit-il.
Le président du tribunal lui demande alors de dire toute la vérité afin de permettre à la juridiction de mieux comprendre les circonstances des faits.
— Vous pensez que si elle avait accepté, elle aurait porté plainte contre vous ?
Le prévenu reste silencieux.
Le tribunal revient ensuite sur l’âge apparent de la victime.
— Lorsque vous regardez sa corpulence, quel âge pouvez-vous lui attribuer ?
— « Je peux lui attribuer 16 ou 17 ans », répond-il.
— Est-ce que, selon vous, c’est une femme accomplie avec laquelle un homme comme vous, père de famille, peut avoir des relations sexuelles ?
— « C’est difficile », répond-il.
Le tribunal lui demande ensuite s’il connaissait la jeune fille avant les faits.
« Franchement non. C’était la première fois que je la voyais », affirme-t-il.
— Vous avez déjà posé des actes similaires ?
— « J’avais déjà fait ça une seule fois », reconnaît-il.
Le tribunal lui rappelle qu’il est lui-même père de famille.
— Vous avez trois enfants, n’est-ce pas ?
— « Oui. »
— Il y a des filles parmi eux ?
— « Oui. »
— Si quelqu’un faisait des choses similaires à vos filles, est-ce que vous apprécieriez ?
— « C’est mauvais », répond-il.
La victime livre sa version des faits
Appelée à expliquer ce qui s’est réellement passé, la victime donne une version différente de celle du prévenu.
Elle raconte que son père avait demandé à Alidou de la déposer à leur domicile. Mais, selon elle, le prévenu n’a pas pris la route habituelle.
« Mon père lui a demandé de me déposer chez nous et il m’a prise. Quand il m’a prise, il n’a pas pris la route qui mène chez nous. Je lui ai demandé de me déposer, mais il ne s’est pas arrêté. Il m’a dit qu’il allait chercher quelque chose avant de me déposer », relate-t-elle.
Elle poursuit :
« Il m’a envoyée devant une école puis m’a demandé de le suivre. J’ai commencé à pleurer tout en tenant mon assiette de soja et il m’a dit que si je parlais à quelqu’un, il allait me tuer. Ensuite, il m’a envoyée dans la maison et il a couché avec moi. »
Après les faits, poursuit-elle, Alidou aurait sorti un billet de 5 000 francs CFA de dessous le lit avant de le lui remettre.
« Il m’a déposée chez moi et notre arrivée a coïncidé avec celle de mon père. Il a dit à mon père que j’avais perdu mon argent et que lui était allé chercher de l’argent pour moi. Mon père l’a remercié et il est parti », raconte-t-elle.
Le tribunal cherche alors à savoir si le prévenu avait utilisé un préservatif.
— Est-ce qu’il s’est protégé lorsqu’il a voulu avoir des rapports sexuels avec vous ?
— « Je ne l’ai pas vu mettre de protection puisqu’il m’a forcée », répond-elle.
Les incohérences relevées par le parquet
Le ministère public demande ensuite au prévenu de confirmer que c’est bien le père de la victime qui lui avait demandé de déposer sa fille.
— « Oui, c’est son père qui m’a demandé », répond-il.
— Combien disait-elle avoir perdu ?
— « 7 500 francs CFA », répond-il.
— Les 5 000 francs que vous lui avez donnés couvraient-ils sa perte ?
— « Non. Je lui ai dit que cela pouvait diminuer sa perte. Elle m’a même remercié et m’a dit qu’elle allait bien m’observer afin de me remercier si elle me voyait une prochaine fois », explique-t-il.
Le parquet revient alors sur la confiance que le père de la victime avait placée en lui.
« Le père de la fille vous a demandé de déposer son enfant par confiance et vous, en tant que père de famille, vous l’avez emmenée pour la violer », rappelle le ministère public.
Le procureur cherche ensuite à établir la distance parcourue.
— Vous êtes du même quartier ?
— « Ma concession et chez elle n’excèdent pas deux kilomètres », répond-il.
— L’endroit où vous avez eu les rapports sexuels et son domicile sont séparés de quelle distance ?
— « Ça fait environ 17 kilomètres », répond-il.
Le parquet relève cette importante distance et demande au prévenu pourquoi il ne s’était pas contenté de déposer la jeune fille chez elle avant de revenir lui remettre l’argent.
« Je voulais la déposer, mais elle m’a dit que si je partais, elle savait que je ne reviendrais plus », explique-t-il.
La victime est alors interrogée sur ce point.
— Est-ce qu’il vous avait proposé de vous déposer chez vous avant de revenir vous donner l’argent ?
— « Non. Moi, je n’ai pas perdu d’argent. Il n’est même pas passé devant notre cour », répond-elle.
Quatre jours avant de parler
La mère de la victime est ensuite appelée à la barre.
— Combien de temps après les faits votre fille vous a-t-elle informée ?
« Quatre jours après, elle est revenue du marché avant l’heure habituelle, en pleurs. Lorsqu’on lui a demandé ce qui s’était passé, elle pleurait seulement. Son père a dû la taper avant qu’elle explique », raconte-t-elle.
Le parquet revient ensuite sur le comportement du prévenu.
— Vous reconnaissez avoir proposé au père de la victime de déposer sa fille ?
— « Oui », répond-il.
— Aviez-vous déjà désiré cette fille avant que l’occasion ne se présente ?
— « Non, je n’avais pas l’intention », affirme-t-il.
Mais le parquet relève la présence d’un préservatif sur le prévenu au moment des faits.
— Pourquoi aviez-vous un préservatif sur vous ?
— « C’est mon habitude d’avoir des préservatifs sur moi », répond-il.
Le parquet insiste alors sur l’âge apparent de la victime.
— Soyons sérieux. Est-ce que, selon vous, quelqu’un peut regarder cette fille avec cette corpulence et penser qu’elle peut avoir 16 ou 17 ans ?
— « Non », répond le prévenu.
— Est-ce que c’est bien ce que vous avez fait ?
— « Non, non », répond-il.
Le tribunal revient enfin sur les menaces rapportées par la victime.
— Vous reconnaissez lui avoir dit que, si elle racontait ce qui s’était passé à quelqu’un, vous alliez la tuer ?
Cette fois, le prévenu répond sans détour :
— « Oui, oui. »
La mère de la victime est ensuite interrogée sur les dommages qu’elle entend réclamer si le prévenu est déclaré coupable.
Elle explique que l’enfant a reçu des soins médicaux pour un montant de 30 500 francs CFA, à trois reprises. Le tribunal lui demande si elle réclame donc 91 500 francs CFA.
« Non, ça ne peut pas être seulement ça », répond-elle.
Elle évoque également les frais de carburant et d’autres dépenses engagées par la famille, ainsi que les examens médicaux, dont 20 000 francs CFA pour les examens et 10 000 francs CFA pour l’échographie.
Les réquisitions du parquet
Au terme des débats, le ministère public estime que les éléments présentés à l’audience permettent de retenir les faits de viol aggravé.
« Depuis l’entame de la procédure, il a reconnu avoir eu des rapports sexuels avec la fille. Elle est née en 2014 et, même si elle n’a pas résisté comme il le dit, elle est mineure et ne peut pas donner son consentement », soutient le parquet.
Le ministère public relève également que le prévenu aurait déjà commis un acte similaire et qu’il avait un préservatif en sa possession le jour des faits.
Il souligne aussi que c’est le prévenu qui aurait accepté de transporter la jeune fille après la demande de son père et rappelle qu’Alidou est lui-même père de trois enfants.
Estimant les faits particulièrement graves, le parquet requiert que le prévenu soit déclaré coupable de viol aggravé et condamné à 11 ans d’emprisonnement ainsi qu’à une amende de 3 millions de francs CFA, le tout ferme.
La défense plaide la clémence
Prenant la parole, la défense indique ne pas avoir beaucoup d’éléments à ajouter après les débats. Elle sollicite néanmoins la clémence du tribunal, estimant que les échanges à l’audience ont permis de comprendre les circonstances de l’affaire.
L’avocat rappelle que son client a reconnu les rapports sexuels, tout en contestant certains éléments avancés par le parquet.
Il insiste notamment sur le fait que c’est le père de la victime qui avait demandé à son client de déposer sa fille et non son client qui aurait initialement proposé de la transporter.
« Nous avions ici une plainte et non deux », rappelle la défense.
L’avocat demande au tribunal de tenir compte de la situation familiale de son client, notamment de la présence de ses enfants.
« Ses enfants sont aussi des innocents, tout comme la victime, et ils risquent de payer le prix de l’acte de leur père si celui-ci venait à rester longtemps en détention », plaide-t-il.
La défense demande ainsi au tribunal de permettre à son client de retrouver les siens dans un délai raisonnable et présente ses excuses à la famille de la victime.
Appelé à prendre la parole pour son dernier mot, Alidou se contente d’une courte phrase :
« Je demande clémence. »
Le verdict
Au terme de l’audience, le tribunal, statuant publiquement et contradictoirement en matière criminelle, déclare Alidou coupable des faits de viol aggravé.
Il le condamne à 11 ans d’emprisonnement, dont 7 ans ferme, ainsi qu’à une amende de 3 millions de francs CFA, dont 1 million ferme.
Le tribunal le condamne également à verser 91 500 francs CFA aux parents de la victime au titre des frais médicaux.
Enfin, la juridiction fixe la contrainte judiciaire à neuf mois.
L’œil du palais pour Justice Infos Burkina






