Le Tribunal de grande instance (TGI) de Bobo-Dioulasso, statuant en matière correctionnelle, a jugé, vendredi 7 août 2026, le dossier de Soul (nom d’emprunt), chauffeur âgé de 51 ans et père de 12 enfants, résidant au secteur 12 de Bobo-Dioulasso. Il était poursuivi pour des faits d’escroquerie.
L’affaire trouve son origine dans les difficultés judiciaires de Djo (nom d’emprunt), présenté au procès comme un auteur présumé de plusieurs cambriolages de pharmacies à Bobo-Dioulasso en 2024. Ce dernier a lui été jugé et condamné à 11 ans de prison et une amende de 3 000 000 F CFA, le tout ferme.
Après avoir appris que les autorités étaient à sa recherche, Djo avait quitté le Burkina Faso pour un pays voisin. C’est depuis ce pays qu’il aurait été mis en contact avec Soul par l’intermédiaire d’une connaissance.
« Je connais un juge qui peut régler ton problème »
Selon les débats à l’audience, Soul aurait fait comprendre à Djo qu’il pouvait l’aider à mettre fin à ses ennuis judiciaires. Il lui aurait notamment indiqué connaître un juge capable de régler sa situation.
Le montant annoncé était de 3 millions de FCFA. Djo, qui se trouvait en Côte d’Ivoire, aurait échangé à plusieurs reprises avec Soul sur WhatsApp.
Selon les déclarations rapportées à l’audience, Soul aurait également affirmé que les échanges devaient se faire uniquement par WhatsApp, les appels téléphoniques étant, selon lui, susceptibles d’être interceptés par les services de renseignement.
Soul a ensuite affirmé avoir contacté Régis (nom d’emprunt), présenté comme la personne susceptible de résoudre la situation. Le parquet a indiqué que cet homme avait pris la fuite après l’interpellation de Soul.
2,6 millions FCFA remis pour régler l’affaire
Après négociations, la somme initialement fixée à 3 millions de FCFA aurait été ramenée à 2,6 millions de FCFA.
Selon les déclarations de Soul, le grand frère de Djo a remis un chèque correspondant à cette somme. Soul a soutenu qu’après avoir reçu l’argent, il l’avait à son tour remis à Régis, qui devait, selon lui, régler la situation.
Mais après son retour au Burkina Faso, Djo a été arrêté par les personnes qui le recherchaient depuis 2024. Il a ensuite porté plainte contre Soul.
À la barre, le procureur lui a notamment demandé ce qui avait poussé Djo à s’adresser à lui.
« J’interviens très souvent quand les gens ont un problème à la gendarmerie ou à la police, mais dans le cadre du transport », a répondu Soul.
Le procureur lui a alors demandé s’il estimait avoir bien agi.
« Non, je reconnais vraiment que je suis en erreur », a répondu le prévenu.
Le ministère public a estimé que de tels comportements contribuent à ternir l’image de la justice et a appelé à une prise de conscience face à ce type de pratiques.
« Si c’était à refaire, j’irais déclarer au tribunal »
Les débats ont également porté sur le comportement que Soul aurait dû adopter lorsqu’il a été approché.
Interrogé par l’avocat de la victime sur ce qu’il ferait si une situation similaire se présentait à nouveau, Soul a répondu :
« Si c’était à refaire, dès qu’on m’annonce [une telle situation], j’irai déclarer au tribunal».
Les faits requalifiés en trafic d’influence
Dans ses réquisitions, le parquet a qualifié le dossier d’« affaire dans l’affaire ». Selon le ministère public, des personnes auraient proposé de résoudre la situation judiciaire de Djo contre de l’argent, tandis que Régis aurait été présenté comme un juge. Le procureur a donc requalifié les faits d’escroquerie en des faits de trafic d’influence. Il a demandé à ce que Soul soit déclaré coupable et condamné à 24 mois de prison avec sursis et une amende de 3 000 000 F CFA, ferme.
La défense a sollicité la relaxe de Soul au bénéfice du doute. Son avocat a notamment insisté sur le fait que son client est père de 12 enfants et que la rentrée scolaire approchait.
Invité à prendre la parole en dernier, Soul a demandé pardon à l’assistance, au procureur et aux greffiers.
« C’est ma première fois et ça sera la dernière fois », a-t-il déclaré.
Au terme des débats, le tribunal a requalifié les faits en des faits de trafic d’influence. Il a condamné Soul à une peine d’emprisonnement de 24 mois avec sursis et une amende ferme de 2 000 000 F CFA. La contrainte judiciaire est fixée par le juge à 1 mois.
Article 332-11 parle du trafic d’influence
Est puni d’une peine d‟emprisonnement de deux ans à cinq ans et d’une amende de deux
millions (2 000 000) à dix millions (10 000 000) de francs CFA :
– quiconque promet, offre ou accorde à un agent public ou à toute autre personne, directement ou indirectement, un avantage indu, afin que ledit agent ou ladite personne use de son influence réelle ou supposée en vue d’obtenir d’une administration ou d’une autorité publique, un avantage indu pour l’instigateur initial de l’acte ou pour toute autre personne ;
– tout agent public ou toute autre personne qui sollicite, accepte directement ou
indirectement, un avantage indu pour lui-même ou pour une autre personne, afin
d’user de son influence réelle ou supposée en vue de faire obtenir d’une administration ou d’une autorité publique un avantage indu.
La Plume du Prétoire pour Justice Infos Burkina






