La chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance Ouaga I a examiné, ce vendredi 21 août 2026, une affaire de mutilation de l’appareil génital féminin portant sur trois fillettes, dont deux âgées de 7 ans et une de 10 ans. Six femmes sont poursuivies dans cette affaire. Aïcha (nom d’emprunt), âgée de 72 ans, est poursuivie pour mutilation de l’appareil génital féminin, tandis que les cinq autres sont poursuivies pour complicité.
Les faits
Les faits remontent au 13 juillet 2026, au quartier Yagma, dans l’arrondissement 9 de Ouagadougou.
Selon les faits exposés à l’audience, l’affaire concerne trois fillettes qui auraient été excisées en l’absence de leurs parents biologiques. Alors que la belle-sœur d’Aminata (nom d’emprunt) avait envoyé ses deux enfants, âgées de 7 et 10 ans, chez elle à l’occasion d’un anniversaire, Aminata aurait décidé de les faire exciser sans en informer leurs parents. Elle les aurait alors envoyées chez Azeta (nom d’emprunt), qui aurait également voulu faire exciser la fille de son fils, absent au moment des faits en raison d’un déplacement professionnel.
Azeta aurait demandé à Korotoum (nom d’emprunt) de lui faire venir une femme pratiquant l’excision. Korotoum aurait alors fait appel à Aïcha, qui vivait au quartier Bissighin de Ouagadougou. Le 13 juillet dernier, Aïcha aurait finalement procédé à l’excision des trois fillettes.
Quatre prévenues reconnaissent les faits
À la barre, quatre prévenues ont reconnu les faits et ont demandé la clémence de la justice. Korotoum, pour sa part, n’a pas reconnu les faits, tout en reconnaissant avoir fait appel à Aïcha à la demande d’Azeta.
Interrogée par le parquet sur les raisons pour lesquelles elle avait excisé les fillettes, Aïcha a déclaré : « Je reconnais l’avoir fait et je demande juste votre clémence. »
Le parquet lui a ensuite demandé depuis combien d’années elle pratiquait l’excision. « Je n’ai jamais excisé d’enfant et c’est ma première fois », répond-elle.
Le parquet lui demande alors comment elle a pu procéder à l’excision s’il s’agissait de sa première fois. Aïcha répond : « C’est Dieu qui a voulu que je le fasse. »
Le parquet lui demande également combien elle a reçu pour exciser les trois fillettes. Aïcha explique avoir reçu 1 000 francs CFA par fillette, soit 3 000 francs CFA pour les trois. À la question de savoir combien de lames elle avait utilisées, elle répond : « Une seule lame. »
« Je ne savais pas que l’interdiction existe toujours »
Au cours des débats, le tribunal interroge les prévenues sur leur connaissance de l’interdiction de l’excision. À la question de savoir si, malgré les informations diffusées à la télévision et à la radio, elles peuvent dire qu’elles ne savaient pas que l’excision était interdite, Safiatou répond : « Avant, je savais que c’était interdit, mais comme je n’entends plus parler de ça, je ne sais pas que l’interdiction existe toujours. »
Azeta reconnaît sa responsabilité
Le parquet demande ensuite à Azeta si elle reconnaît avoir une responsabilité dans cette affaire.
« Oui, je reconnais cela et je demande votre clémence », répond-elle.
Le parquet lui demande alors si, en faisant exciser l’enfant en l’absence de ses parents biologiques, elle savait qu’elle avait pris l’enfant pour lui faire subir une excision sans leur accord.
Azeta répond : « Je l’ai fait en leur absence parce que je me suis dit que c’est mon enfant, vu que c’est l’enfant de mon fils. »
Aminata : « Je me disais que ce sont aussi mes enfants »
Interrogée à son tour par le parquet sur les raisons pour lesquelles elle avait fait exciser les enfants sans en informer leurs parents, Aminata répond : « Je l’ai fait parce que je me disais que ce sont aussi mes enfants, vu que ce sont les enfants de mon frère. »
Le procureur lui demande ensuite si elle savait que l’excision faisait mal. « Je le sais », répond-elle.
À la question de savoir quelle est, selon elle, l’utilité de l’excision, Aminata répond : « Je ne sais pas. Je l’ai juste fait parce que les aînés le font. »
Korotoum nie avoir su pourquoi Aïcha avait été appelée
Korotoum ne reconnaît pas les faits qui lui sont reprochés. Elle reconnaît toutefois avoir fait appel à Aïcha à la demande d’Azeta afin de la faire venir. Elle affirme cependant qu’elle ignorait que celle-ci devait procéder à l’excision des fillettes.
Mariam (nom d’emprunt) affirme, quant à elle, avoir été absente au moment de l’excision de sa fille. Elle explique qu’elle se trouvait au marché et qu’à son retour, dans la soirée, elle a constaté que la grand-mère de sa fille avait procédé à l’excision de l’enfant. Mariam indique n’avoir rien dit, considérant que l’enfant appartenait davantage à sa grand-mère qu’à elle-même.
Le parquet requiert des peines de prison et des amendes ferme
Au terme des débats, le parquet a estimé que les faits de mutilation de l’appareil génital des fillettes étaient suffisamment constitués et que l’atteinte à leur intégrité physique constituait un déni grave.
Contre Aïcha, le ministère public a requis 36 mois d’emprisonnement, dont 12 mois ferme, ainsi qu’une amende ferme de 500 000 francs CFA.
Pour Mariam, le parquet a demandé au tribunal de la relaxer au bénéfice du doute, estimant qu’elle n’avait pas participé à l’acte.
Contre les quatre autres prévenues, le parquet a requis 36 mois d’emprisonnement, dont 8 mois ferme, ainsi qu’une amende ferme de 500 000 francs CFA.
La défense demande le sursis
Pour la défense, les faits sont constitués, mais les prévenues ont été sincères et ont reconnu les faits depuis leur passage au commissariat. Elles ont également exprimé des regrets et fait des aveux. La défense rappelle qu’elles ont déjà passé plus d’un mois en détention.
Elle demande au tribunal de prendre en compte leur âge, estimant qu’elles ont pu agir en se référant aux pratiques anciennes qu’elles ont connues. Elle invite également le tribunal à tenir compte de leur état de santé, des plaidoiries des parents des enfants en leur faveur et du fait qu’elles soient des délinquantes primaires.
La défense sollicite ainsi une condamnation avec sursis. « C’est vrai que nous combattons tous fermement l’excision, mais ici, il faut tenir compte de leurs conditions », plaide l’avocat.
Invitées à prendre la parole en dernier, les prévenues déclarent : « Nous demandons juste votre clémence. »
Après les débats, le tribunal a mis le dossier en délibéré et la décision est attendue le vendredi 28 août 2026.
Ibrahima TIENDREBEOGO pour Justice Infos Burkina






