« Je leur ai simplement demandé d’aller l’effrayer pour qu’il quitte le lieu de travail », a déclaré Sahilé devant la chambre criminelle du Tribunal de grande instance (TGI) de Bobo-Dioulasso, le lundi 26 octobre 2026.
Sahilé, un jeune orpailleur de 30 ans, vivant en union libre et père de six enfants, comparaissait devant cette juridiction pour répondre des faits d’incitation à la commission d’un crime d’assassinat. Il est accusé d’avoir sollicité des individus pour s’en prendre à son petit frère, avec lequel il était en conflit.
Les faits
Selon les éléments présentés à l’audience, à la suite d’une dispute familiale, Sahilé aurait contacté des individus depuis Séguéla, en République de Côte d’Ivoire, afin qu’ils ôtent la vie à son petit frère de même père, en échange d’une somme de 1 500 000 FCFA.
La victime a toutefois échappé à la mort grâce à l’intervention d’un passant.
Un passant sauve la victime
D’après les débats, l’un des individus contactés par Sahilé, nommé Gnanmôgô, aurait mobilisé d’autres personnes pour passer à l’acte. La victime aurait alors été violemment agressée à coups d’arme blanche. Un passant est finalement intervenu et l’a transportée à l’hôpital, lui permettant ainsi d’échapper à la mort.
Un conflit autour d’un site d’orpaillage
À la barre, Sahilé a expliqué que le différend avec son petit frère était lié à leurs activités d’orpaillage. Il affirme avoir travaillé pendant plusieurs années sur un site avant de partir seul à Séguéla, où il a poursuivi ses activités pendant neuf mois.
Lorsque le site a commencé à produire de l’or, leur grand frère aurait demandé à ce que le cadet rejoigne Sahilé afin qu’ils travaillent ensemble. Une décision à laquelle l’accusé dit s’être opposé. Malgré son refus, son petit frère a finalement rejoint le site sur instruction de leur aîné.
C’est dans ce contexte de tensions que Sahilé aurait pris contact avec des individus pour s’en prendre à son cadet.
Selon les éléments évoqués à l’audience, les personnes sollicitées auraient initialement demandé 500 000 FCFA pour exécuter la mission. L’accusé aurait ensuite ajouté un million de FCFA, portant le montant total à 1 500 000 FCFA.
Sahilé nie avoir voulu tuer son frère
Interrogé sur ses intentions, l’accusé a contesté avoir commandité un assassinat. Il soutient qu’il voulait uniquement faire peur à son petit frère afin de le pousser à quitter le site d’orpaillage.
« Je leur ai simplement demandé d’aller l’effrayer pour qu’il quitte le lieu de travail », a-t-il insisté.
Le juge lui a alors demandé :
— N’était-ce pas pour mettre réellement fin à la vie de ton frère que tu as ajouté un million de FCFA ?
— Non, j’avais bien précisé que je voulais simplement qu’ils aillent l’effrayer pour qu’il quitte les lieux du travail, a répondu Sahilé.
Le magistrat a poursuivi :
— Si c’était réellement pour l’effrayer seulement, aurais-tu déboursé 1 500 000 FCFA ?
— Non, mais je n’avais aucune intention malveillante, a rétorqué l’accusé.
Interrogé par le parquet sur son parcours, Sahilé a indiqué qu’il s’était rendu en Côte d’Ivoire en 2013 pour travailler avec son grand frère.
Des accusations supplémentaires évoquées à l’audience
Au cours des débats, le juge a également évoqué des faits qui se seraient produits après l’agression. Selon les éléments présentés, alors qu’il se trouvait au chevet de son petit frère à l’hôpital, Sahilé aurait continué à contacter un marabout connu sous le nom de Kadhafi, dans le but de s’en prendre mystiquement à certains membres de sa famille, qui souhaitaient porter l’affaire devant la justice.
L’accusé a de nouveau contesté cette version. Il a affirmé avoir contacté le marabout dans le but de faire taire les membres de sa famille pour qu’ils ne parlent pas de l’affaire.
Prenant la parole, l’avocat de la partie civile a rappelé la proximité qui existait entre Sahilé et la victime. Selon lui, les deux frères entretenaient de bonnes relations et allaient jusqu’à échanger leurs T-shirts.
L’avocat a déploré que, malgré cette complicité, l’accusé soit soupçonné d’avoir voulu faire tuer son propre frère. Il a également soutenu que Sahilé, alors qu’il faisait semblant de rester auprès de la victime à l’hôpital, cherchait encore des moyens de s’en prendre à leur grand frère et à d’autres membres de la famille.
L’avocat de la partie civile a par ailleurs affirmé que le bras droit de l’aîné de l’accusé avait été paralysé. Ces éléments ont été évoqués dans le cadre des débats à l’audience.
La partie civile réclame 8 millions de FCFA
Au regard des conséquences de l’agression et des dépenses médicales que la victime continuerait de supporter, l’avocat de la partie civile a réclamé la somme de 8 000 000 FCFA à titre de réparation.
De son côté, l’avocat de la défense a évoqué le dilemme auquel son client aurait été confronté, tout en reconnaissant que la morale pouvait également entrer en ligne de compte.
Pour défendre Sahilé, il a fait référence à une citation attribuée à Laurent Gbagbo : « Quand on t’envoie, il faut savoir t’envoyer. » Selon lui, son client avait demandé aux individus sollicités d’effrayer son frère, mais ces derniers auraient choisi d’aller au-delà des instructions reçues.
Le parquet requiert 30 ans de prison ferme
Dans ses réquisitions, le ministère public a demandé à la chambre criminelle de déclarer Sahilé coupable des faits d’incitation à la commission d’un crime d’assassinat. Pour le parquet, les éléments du dossier constituent des preuves suffisantes pour établir sa culpabilité.
Au titre de la peine, le ministère public a requis 30 ans d’emprisonnement ferme contre l’accusé.
Invité à prendre la parole en dernier, Sahilé a présenté ses excuses au tribunal, à l’assistance ainsi qu’aux membres de sa famille. Il a déclaré regretter ses actes.
À l’issue de l’audience, le tribunal a mis l’affaire en délibéré au 9 novembre 2026.
La Plume du Prétoire pour Justice Infos Burkina






