Le Tribunal de grande instance (TGI) de Banfora, siégeant à Bérégadougou dans le cadre des audiences foraines organisées avec l’appui du Projet PLURIELLES, a examiné le 22 juin 2026 une affaire de coups et blessures volontaires ayant pour toile de fond une séparation conjugale difficile.
À la barre se trouvait DS, mécanicien résidant à Bérégadougou. Il était poursuivi pour avoir volontairement porté des coups à son ex-épouse à l’aide d’une machette, lui occasionnant des blessures. Selon les faits exposés à l’audience, l’incident est survenu trois mois après le départ de la femme du domicile conjugal. Ce soir-là, DS dit avoir retrouvé son ex-épouse sur le terrain de football de Bérégadougou en compagnie d’un autre homme. Après s’être approché du couple, des échanges verbaux auraient dégénéré en altercation. C’est au cours de cette confrontation que la femme a été blessée par une machette que le prévenu avait dissimulée sous le capot de sa moto de marque KTM.
Les faits
Invité à expliquer les circonstances exactes des faits, DS a livré une version qui n’a guère convaincu ni le tribunal ni le parquet. Selon lui, l’amant de son ex-épouse lui aurait lancé des menaces avant de lui asséner un coup de poing au visage. « J’ai vu des étoiles », a-t-il expliqué pour illustrer la violence du choc. Toujours selon sa version, alors qu’il était tombé au sol, son ex-épouse se serait jointe à son compagnon pour le rouer de coups. Il affirme ensuite s’être relevé et avoir tenté de prendre ses distances. C’est à ce moment-là, soutient-il, que la machette aurait blessé accidentellement la femme.
Tous deux ont affirmé qu’il s’agissait de leur premier rendez-vous lorsque DS est arrivé sur les lieux. Selon eux, le mécanicien aurait immédiatement sorti une machette de sa moto en déclarant : « Aujourd’hui, il y aura mort d’homme ». Craignant pour leur sécurité, ils affirment s’être armés de moyens de fortune, des cailloux pour l’homme et un bâton pour la femme.
Toujours selon leurs déclarations, DS aurait rapidement porté un coup de machette à son ex-épouse avant que son rival ne tente de le maîtriser. Malgré sa supériorité physique, ce dernier n’aurait pas réussi à lui retirer l’arme des mains. Au cours de la lutte, le prévenu serait finalement parvenu à se dégager avant de quitter les lieux à moto. Les faits se seraient déroulés aux environs de 23 heures.
Au fil des questions du président et des confrontations avec ses déclarations faites lors de l’enquête préliminaire, le prévenu a été amené à corriger plusieurs éléments de son récit. Le président du tribunal a alors tenté de comprendre le contexte émotionnel entourant cette affaire. Dans un ton particulièrement apaisé, il a fait remarquer au prévenu que sa douleur liée à la rupture semblait encore très présente.
« Votre chagrin d’amour n’est manifestement pas encore passé », lui a-t-il lancé.
Interrogé sur ses sentiments actuels, DS a reconnu qu’il était toujours attaché à son ex-épouse. Il a cependant estimé que leur principal problème résidait dans le comportement de cette dernière. Selon lui, au cours de leurs treize années de vie commune, elle aurait quitté le foyer à plus de dix reprises, souvent à la suite de simples disputes. « Elle retourne toujours chez son père », a-t-il déclaré avant d’ajouter que même son témoin de mariage ne souhaitait plus entendre parler de cette situation devenue récurrente. Submergé par l’émotion, le mécanicien a fondu en larmes devant le tribunal.
Interrogée à son tour sur une éventuelle reprise de la vie commune, son ex-épouse a répondu sans hésitation par la négative. Elle a toutefois indiqué ne pas souhaiter se constituer partie civile. Son principal souhait, a-t-elle expliqué, est que son ancien compagnon cesse de la surveiller et la laisse vivre sa vie. La femme a également affirmé que DS empêcherait leurs trois enfants de lui rendre visite. Le président du tribunal lui a alors expliqué que cette question relevait d’une autre procédure judiciaire et ne pouvait être examinée dans le cadre du présent dossier. Une précision qui a permis aux nombreuses personnes présentes dans la salle de mieux comprendre les limites de compétence du tribunal dans cette affaire.
Les réquisitions du parquet provoquent de nouvelles larmes
Le moment des réquisitions du ministère public a donné lieu à une scène inhabituelle. Le parquet a requis à l’encontre du prévenu une peine de deux mois d’emprisonnement et une amende de 250 000 francs CFA, le tout assorti du sursis. Ne maîtrisant pas le français ou disons les termes de la justice, DS suivait les débats grâce à un interprète en langue dioula. Lorsque celui-ci lui a traduit les réquisitions du parquet, le prévenu, croyant devoir immédiatement payer l’amende et exécuter la peine, a éclaté en sanglots devant l’assistance. Très ému, il s’est demandé à haute voix où il pourrait trouver une somme aussi importante.
Les acteurs judiciaires ont alors pris le temps de lui expliquer la signification du sursis. Ils lui ont fait comprendre qu’il ne serait pas tenu d’exécuter immédiatement la peine prononcée, à condition de ne commettre aucune nouvelle infraction pendant la période prévue par la loi. Rassuré par ces explications, le prévenu a retrouvé son calme et a pu suivre la suite des débats. À l’issue des plaidoiries et des réquisitions, le tribunal a mis l’affaire en délibéré avant de rendre sa décision en fin d’audience.
Source: Wangola Médias
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