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Récit d’un procès : Un guérisseur risque 5 ans de prison pour séquestration et accusation de sorcellerie

JIB2 24 mai 2026 0
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Tanga (nom d’emprunt), un guérisseur de 28 ans domicilié au secteur 29 de Bobo-Dioulasso, s’est retrouvé devant le tribunal correctionnel pour des faits de séquestration et d’accusation de sorcellerie portés contre dame Koumba (nom d’emprunt).

Les faits

Les faits remontent au 17 avril 2026. Dame Koumba, victime d’un accident ayant provoqué une douleur au bras, aurait entendu parler de Tanga, présenté comme un guérisseur capable de soigner les maladies et de délivrer les personnes atteintes de mauvais génies. Elle décide alors de le consulter.

Après un premier soin, Tanga lui fixe des rendez-vous chaque vendredi pour des consultations régulières.

Le jour des faits, dame Koumba se rend chez le guérisseur en compagnie de sa fille pour recevoir de nouveaux soins. Mais cette séance allait être différente des précédentes.

À son arrivée, elle découvre une foule rassemblée autour de Tanga. Au milieu des personnes présentes se trouvait une peau de mouton. Le guérisseur, muni d’un bâton et d’une queue de cheval considérés comme des objets mystiques par ses disciples, dirigeait la cérémonie.

Selon les déclarations rapportées devant le tribunal, Tanga aurait demandé à toute personne pratiquant la sorcellerie de s’avancer sur la peau de mouton afin d’être délivrée. Face au silence de l’assemblée, il aurait décidé lui-même de désigner les supposés sorciers.

Tenant son bâton et sa queue de cheval qu’il disait magiques, il se serait dirigé vers dame Koumba en l’accusant d’être une sorcière.

Après cette accusation, la victime aurait été isolée du groupe, puis enchaînée aux pieds. Selon les témoignages, elle aurait ensuite été traînée sur une colline par les disciples de Tanga afin d’y subir des rituels de délivrance.

De 19 heures à 5 heures du matin, dame Koumba aurait vécu un véritable calvaire.

Persuadé qu’elle pratiquait la sorcellerie, Tanga serait allé jusqu’à provoquer un essaim d’abeilles contre elle. À l’aide de coups de pioche portés contre un arbre creux contenant des abeilles, il aurait créé une panique destinée à lui arracher des aveux. Malgré tout, la victime continuait d’affirmer qu’elle n’était pas une sorcière.

Toujours enchaînée, elle aurait été conduite une nouvelle fois sur la colline pour d’autres rituels. N’obtenant aucun aveu, Tanga aurait ensuite eu recours à des menaces.

Après ces faits, dame Koumba s’est rendue dans un commissariat pour porter plainte contre le guérisseur.

Tanga a alors été interpellé puis déféré devant le parquet.

À la barre

Le 22 mai 2026, Tanga comparaissait devant la chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Bobo-Dioulasso.

À la barre, le prévenu a tenté de nier les faits.

— Cela fait combien de temps que vous connaissez dame Koumba ? demande le juge.

— « Environ un an. Elle m’a même envoyé de nouveaux patients à soigner », répond-il.

— Combien de temps a-t-elle passé chez vous pour être soignée ?

— « Quelques jours. Elle était venue avec sa fille », précise-t-il.

— Pourquoi, alors qu’elle souffrait du bras, avez-vous parlé de mauvais génies ?

— « Ce n’est pas moi qui ai détecté cela en elle, c’est mon bâton. Il fallait que je la délivre, car elle frappait même son mari à cause de ça », affirme le prévenu.

Le procureur lui demande alors :

— Aujourd’hui, en la regardant ici au tribunal, pensez-vous que ces génies sont toujours en elle ?

— « Je ne sais pas, puisque je ne suis pas dans les dispositions nécessaires pour la consulter ici au tribunal », répond-il.

Prenant la parole, la victime déclare n’avoir jamais été possédée par des génies depuis sa naissance.

Réquisitions

Le procureur estime que les éléments constitutifs de l’infraction sont réunis, notamment l’acte matériel de séquestration, les mauvais traitements infligés à la victime ainsi que les accusations mensongères portées contre elle.

Selon lui, le comportement du prévenu démontrait une volonté manifeste d’infliger des souffrances pouvant mettre la vie de la victime en danger.

Il a requis une peine de cinq ans d’emprisonnement ferme ainsi qu’une amende de 1 000 000 F CFA.

La décision du tribunal est attendue le 5 juin 2026.

Salamata Bikienga pour justiceinfosburkina.com

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